Contemplation

Qu’est-ce qui nous pousse à contempler la ligne d’horizon face à la mer pendant des heures sans qu’on se lasse ?

Quel que soit le pays où le littoral se situe, qu’il s’agisse d’une falaise ou d’une plage, dès qu’ils se retrouvent au bord d’une étendue maritime – mer ou océan – les hommes, quel que soit leur statut social ou leur âge, s’assoient et tournent leur regard vers le large, absorbés par l’infini.

Je ne parle pas du soleil couchant, qui ne se manifeste pas exclusivement au bord de l’eau, et dont le chromatisme incandescent excite à ce point les spectateurs qu’ils applaudissent parfois comme au théâtre ou à l’atterrissage réussi d’un avion sur la piste.

Non, j’évoque cette fascination métaphysique, proche de l’hypnose qui, même par temps gris ou en « morte saison », - à distance de la période estivale où, par beau temps, les plaisirs de la baignade et de la plage détournent l’attention - s’exerce sur nous, indépendamment de l’orientation cardinale de l’horizon. Seuls, en couple, en famille, en groupe, les humains se posent, se taisent ou parlent bas, sans se regarder, comme si les paillettes de leurs pupilles étaient aimantées par un champ magnétique situé par delà l’infini.

Aperçoivent-ils le rebord du monde comme quand les anciens croyaient que la Terre était une galette ? Rêvent-ils de départ vers des continents lointains, riches de promesses et d’inquiétudes ? La rencontre entre le ciel et l’océan provoque-t-elle, à la façon d’un koan zen, un éveil fulgurant, une pensée au-delà de la pensée, ré-unissant l’être au Cosmos ?

La nuit, le froid, l’engourdissement, le téléphone portable, les sortent soudain de l’immobilisme. Le sable a repris son écoulement dans le sablier. Cependant, le corps et l’esprit sont plus légers, et un fragment d’infini s’est imprimé sur la rétine, prisonnier du regard, qui disparaîtra lentement comme l’empreinte lumineuse d’une lampe sous la paupière.

C’est cela que j’ai cherché à saisir dans les toiles de l’Empreinte des vagues. Contrairement au tableau de Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages, il n’y a pas de personnage dans la toile, aucun obstacle entre le spectateur et l’infini. Ainsi vous pouvez vous asseoir devant le tableau et vous laisser absorber à votre tour. Cliquez sur ce lien pour contempler l’Empreinte des vagues !

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Par les monts et par les grèves (l’Empreinte des vagues)