Personnages dans le tableau
Pourquoi n’y a-t-il pas de personnages dans vos tableaux ? Telle est la question qu’une personne m’a posée récemment lors d’un débat public à l’occasion de mon exposition à la galerie Louis Gendre. Aux murs étaient accrochés des toiles de ma dernière série, L’empreinte des vagues, tandis que dans d’autres salles se trouvaient des vues de montagnes de la série Sixt.
C’est une question pertinente. De fait, depuis 2015, date de mes premières Forêts, les personnages, qui étaient présents dans mes travaux précédents - Japon, 1001 Nuits, Nouveau Monde – ont disparu.
On pourrait penser que cette disparition va dans le sens d’un désir d’abstraction. Mes tableaux tendent vers l’épure. Les formes se simplifient, les détails se fondent dans les masses principales. Il est difficile de conserver le même niveau de simplification quand il s’agit représenter un être humain avec ses détails anatomiques – bras, jambes, visage avec les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, etc.
Je n’ai pas abandonné les personnages pour autant. En parallèle de mes peintures, j’ai réalisé les Tokyo Kids. Cependant, c’est une série de dessins aux crayons de couleurs et non de peintures. Elle est bien différente des toiles que j’ai réalisées entre 2005 et 2010 sur le Japon. Dans les Tokyo Kids, l’accent est mis sur les regards et sur les mains, sur les relations entre les enfants et les adultes. Rendre cette complexité en peinture serait-elle insurmontable et contradictoire avec mon désir d’abstraction ? Je n’ai pas cherché à le savoir.
Certains grands peintres considérés comme abstraits – Tapies, De Staël – ont souvent placé l’humain au centre de leur démarche. Par ailleurs, Bonnard, peintre figuratif dissimulait les personnages – humains et animaux - dans le miroitement de ses compositions. Abstraction et figuration ne seraient donc pas deux démarches artistiques opposées.
En réalité, l’explication de l’absence de personnages dans mes tableaux se comprend mieux quand on les compare au Voyageur contemplant une mer de nuages de Friedrich. La mise en scène de la composition de l’artiste allemand influence la perception du spectateur dans le sens d’une vision romantique de la montagne. Par ailleurs, le personnage fait écran entre le paysage et le spectateur. Dans ma peinture, rien ne vient faire écran entre l’espace représenté – pas même ma signature – et celui qui le contemple. Il peut se projeter et donner libre cours à son imagination. Il y a bien un personnage dans mes tableaux, il est hors champs, c’est le spectateur lui-même ! Pour entrer dans mes tableaux, cliquez vite sur ce lien.