Triptyques
Dès mes premières toiles, j’ai cherché à immerger le spectateur dans la peinture. En 1991, aux Beaux-Arts de Paris, travaillant à ma première série de forêts, j’ai réalisé une grande composition de 4 m de large sur un rouleau de toile de 140 cm de haut. J’avais pu bénéficier d’une pièce à l’abandon au 2e étage de la maison de campagne de ma belle-sœur. Elle était juste assez grande pour tendre une toile de cette dimension. Lors de mon exposition à la galerie des Beaux-Arts, j’ai renoncé à l’exposer, n’ayant pas les moyens de l’accrocher. Elle n’a donc jamais été vue. Je le regrette encore.
Le très grand format nécessite un atelier aux dimensions adéquates, un dispositif de présentation conséquent – châssis notamment -, un camion de déménagement, un lieu adapté pour l’exposer et une réserve pour le conserver. C’est très embarrassant ! Mais il existe une solution astucieuse, le polyptyque. Composé de plusieurs panneaux, on peut les peindre et les stocker séparément.
Dans la série Japon, entre 2025 et 2010, j’ai réalisé cinq diptyques, deux triptyques, un tétraptyque – 4 panneaux - et un pentaptyque – 5 panneaux. Mais, depuis les forêts, je me suis concentré sur la forme du triptyque. Mon mur d’atelier est assez grand pour aligner trois châssis de 130 cm de large. En revanche, je ne peux peindre que sur deux panneaux simultanément. En effet, je travaille les toiles agrafées sur une cloison de bois. Celle-ci mesure 2,80 m soit deux largeurs de format 100F ou 120F en comptant les marges.
La réalisation est acrobatique. Pour peindre Sixt 96, j’ai peint les panneaux de gauche et du centre puis j’ai monté celui de gauche sur un châssis, et j’ai agrafé celui du centre et de droite… Les discontinuités du geste et de la couleur peuvent entraîner un décalage entre les panneaux. Cela m’évoque les triptyques d’estampes japonaises qui, constitués parfois de tirages différents aux marges rognées, affichent des ruptures de teintes et de forme. Il suffit de laisser un espace vide entre les panneaux pour que l’œil recolle les morceaux. Par ailleurs, la rupture dans l’espace de représentation renforce l’idée que l’art est bien une fiction.
Je crée souvent une grande pièce en prévision d’une exposition. Mon prochain triptyque fait partie de la série L’empreinte des vagues. Il sera exposé dans le chœur d’une magnifique chapelle bretonne du XVIIe S de juillet à octobre 2026 en même temps qu’une soixantaine de mes œuvres. Un indice : ce n’est pas très loin de gros rochers roses. Pour en savoir plus sur l’Empreinte des vagues, cliquez ici.