Gout savoureux
Que reste-t-il d'un plat délicieux ? Comment prolonger les sensations gustatives éphémères ? Au restaurant, on se réjouit par avance en se délectant de la carte, de la photo des plats, de l'ambiance du lieu, des odeurs, du ballet des serveurs puis, tout-à-coup […]
Que reste-t-il d'un plat délicieux ? Comment prolonger les sensations gustatives éphémères ?
Au restaurant, on se réjouit par avance en se délectant de la carte, de la photo des plats, de l'ambiance du lieu, des odeurs, du ballet des serveurs puis, tout-à-coup, l'assiette est devant nous.
Nous voulons arrêter le temps en dégustant avec les yeux. Toute notre attention se porte sur l'agencement des aliments disposés comme dans un tableau, le festoiement des couleurs, le raffinement de la vaisselle. Nous humons, nous salivons, nous testons du doigt ou de la fourchette l'élasticité du mets, puis nous mâchons lentement pour savourer chaque bouchée, attentifs aux sons – les craquements sous la dent -, les papilles en éveil, scrutant chaque nuance, chaque nouvel accord. Nous avons beau prolonger les sensations le plus longtemps possible, les plats comme les minutes s'égrènent et le repas s'achève. Est-ce déjà fini ?
Bien sûr, nous avons photographié chaque préparation mais l'image ne remplace pas les sens.
Cependant, les saveurs sont si marquantes qu'elles imprègnent la bouche pendant plusieurs jours. Il arrive aussi que, une fois les sensations disparues, leur fantôme – comme un membre amputé – continue de nous hanter. Il peut se manifester pendant des semaines, des mois, voire des années.
Je l'ai expérimenté avec la cuisine d'Alain Passard, que j'ai eu le bonheur de déguster il y a quelque temps. Les accords terreux et âpres du menu Pleine terre, le fumet inattendu et prégnant des légumes, en contradiction avec les abstractions colorées de leur assemblage, m'ont marqué pour longtemps.
C'est aussi l'effet que me fait la cuisine japonaise. Longtemps après mon retour à Paris, je continue d'être habité par ses compositions subtiles et insolites. Le dur, le mou, l'opaque, le translucide, le gélatineux, le rugueux, le sec, le suintant, le gluant, le rocailleux, le piquant, le fade, l'incolore, l'éclatant, le géométrique, l'affalé, le puant, le vivant...
En réalisant les dessins de la série Goût savoureux, c'est comme si, donnant forme au souvenir de ses plats fragiles, je tentais - à la façon des photos spirites du XIXe S qui révèlent les esprits des disparus - de fixer sur le papier les saveurs fantômes qui continuent de m'habiter. Découvrez la série en cliquant sur ce lien.
Le vide
Peut-on aimer un art creux ? Posée de cette façon, la question semble appeler une réponse négative. Dans la pensée occidentale, quand il s'applique à une idée ou une personne, le creux est plutôt péjoratif. Il est synonyme d' […]
Peut-on aimer un art creux ? Posée de cette façon, la question semble appeler une réponse négative. Dans la pensée occidentale, quand il s'applique à une idée ou une personne, le creux est plutôt péjoratif. Il est synonyme d' absence de sens ou d'intérêt et évoque une personnalité artificielle ou vaine. Il est associé à la notion de vide qui peut renvoyer à l'idée angoissante de néant – vide existentiel.
En revanche, en Orient, notamment dans le bouddhisme zen, le vide représente une sorte d'état primordial, source de tous les possibles. Shiki Soku Ze Ku, Ku Soku Ze Shiki, les phénomènes sont le vide, le vide est les phénomènes dit le Hannya Shingyo. Vide et phénomènes apparaissent comme les deux faces d'une même pièce. Le vide est donc source de vie et d'action.
Dans cette perspective, l'œuvre d'art creuse n'est pas vide de sens mais tentative de représentation du vide. C'est la voie dans laquelle je me suis engagé en réalisant les gravures de la série Ku (1001 Nuits) ainsi que les Buddha Sutras.
Dans la série Ku, j'ai introduit l'effigie du Bouddha sous la forme du vide. La silhouette est gravée en creux – taille d'épargne - dans la plaque de linoleum. Une fois celle-ci encrée, c'est l'espace qui l'encadre qui s'imprime, laissant la silhouette du Bouddha de la couleur du papier. En imprimant sur un motif déjà imprimé – fleur, serpent, circuit électronique -, le vide s'en nourrit, transfigurant l'objet.
Les Buddha Sutras sont réalisés par coulage de barbotine dans un moule en plâtre. Les sculptures obtenues par ce procédé sont forcément creuses. L'émail donne à la robe du Bouddha la couleur des possibles. Dans le vide de la statuette, fermé par un opercule de papier, j'ai introduit, sous la forme d'un rouleau de papier, un extrait de sutra, le « chargeant » d'une valeur spirituelle. Son propriétaire est libre de le dévoiler ou non.
Les œuvres des séries Ku et Buddha Sutras, bien que creuses, sont donc loin d'être futiles. En s'emparant ouvertement de l'effigie du Bouddha, elles dévoilent une part cachée de ma démarche artistique qui questionne l'impermanence à travers les phénomènes du monde. Pour accéder aux gravures, cliquez ici, pour les céramiques cliquez là.
Accéder à l’art
L'art est-il trop cher ? Vous vous êtes peut-être déjà fait cette réflexion devant une œuvre exposée dans une galerie ou une foire d'art contemporain. Fasciné par une peinture ou un dessin, vous prenez votre courage à deux mains pour demander son prix au vendeur et c'est la douche froide... La somme vous semble excessive et vous vous dites que l'art n'est pas fait pour vous [...]
L'art est-il trop cher ? Vous vous êtes peut-être déjà fait cette réflexion devant une œuvre exposée dans une galerie ou une foire d'art contemporain. Fasciné par une peinture ou un dessin, vous prenez votre courage à deux mains pour demander son prix au vendeur et c'est la douche froide... La somme vous semble excessive et vous vous dites que l'art n'est pas fait pour vous.
Rassurez-vous, vous n'êtes pas seul à voir vécu cette expérience. Cela m'est souvent arrivé. Comment expliquer cette situation ? Le prix d'une œuvre dépend de nombreux facteurs. Il est fixé soit par l'artiste soit par son marchand et est lié à la qualité de l’œuvre. C'est une valeur subjective, souvent confondue avec la notoriété de l'artiste. Une mauvaise œuvre d'un artiste côté sera plus chère que l'œuvre excellente d'un artiste peu connu. Il faut donc chercher la perle rare. Encore faut-il pouvoir identifier la qualité par son seul jugement.
D'autre part, le prix est lié au format. Une œuvre de petit format sera plus accessible qu'une grande bien que concentrant, parfois, toute la puissance et le talent de l'artiste. La technique enfin peut être déterminante. La peinture sur toile est davantage valorisée qu'un dessin sur papier, à tort, car la qualité est la même et le dessin peut-être plus spontané, plus libre.
Le temps passé à la réalisation d'une œuvre est un facteur important. Comme je suis très exigeant sur la qualité, il m'arrive de passer plusieurs jours à réaliser une aquarelle au format d'une carte postale. Souvent, le prix de vente de l'aquarelle, bien qu'abordable, peut sembler excessif à un amateur peu informé mais ne permet même pas d'atteindre le taux horaire d'une femme de ménage...
Le multiple est le plus avantageux. Mais pas n'importe lequel. Je ne parle pas d'une reproduction mécanique - sans intervention de l'auteur mais dont la signature est censée être une valeur ajoutée ! - mais de la réalisation de la main de l'artiste d'une œuvre-matrice qui permettra son impression. La gravure à la pointe sèche sur cuivre en est un bon exemple. Je grave mes compositions à main levée directement sur une plaque de cuivre à l'aide d'une pointe d'acier. C'est une pratique exigeante mais elle propose une qualité de traits, subtils et veloutés, qu'on ne peut obtenir que par ce procédé.
Le cuivre gravé est imprimé en un nombre limité d'exemplaires. Il s'agit d'un original multiple. Son prix reste très abordable alors que les formats sont grands et, dans mon cas, il s'agit d’œuvres personnelles de grande qualité. Pour voir les pointes sèches de la série 1001 Nuits, cliquez vite sur ce lien.
La pointe de Sales
Aimez-vous les séries ? Je ne parle pas des séries télévisées bien sûr mais du travail sériel en peinture, c'est-à-dire au sens strict du terme une suite de compositions de même format et de même cadrage. A priori, ce n'est pas ma tasse de thé car je suis plus motivé par l'idée de me lancer dans de nouveaux motifs. Cependant, face à la pointe de Sales, je [...]
Aimez-vous les séries ? Je ne parle pas des séries télévisées bien sûr mais du travail sériel en peinture, c'est-à-dire au sens strict du terme une suite de compositions de même format et de même cadrage. A priori, ce n'est pas ma tasse de thé car je suis plus motivé par l'idée de me lancer dans de nouveaux motifs. Cependant, face à la pointe de Sales, je n'ai pas pu résister...
La masse géométrique et verticale de la pointe de Sales se dresse telle un monument au-dessus de la vallée encaissée du Giffre. À sa gauche, on monte vers Anterne, ses myrtilles et son lac aux eaux turquoise. À sa droite, c'est la voie des cascades avec la Pleureuse, le jardin suspendu du clos de Sales, les chalets de Sales et plus loin le domaine des Laouchets.
Du chalet que je loue chaque année, on croirait la montagne plate, comme le mont Fuji gravé par Hokusai. La réalité est trompeuse et il suffit de se déplacer un peu, à l'horizontale ou à la verticale, pour que se dévoilent des reliefs cachés, des combes, des failles ou des moraines.
Qu'une brume l'enlace, qu'un nuage la coiffe, qu'un rideau de pluie la voile, que le soleil la teinte des couleurs du matin, du midi ou du soir, et la pointe de Sales change de visage.
Ce sont ces différents visages que j'ai cherché à saisir, moins à travers une déclinaison de phénomènes météorologiques ou une temporalité qu'à la façon de variations musicales sur un thème.
Confronté à un motif répétitif et allégé du poids de l'assimilation d'une nouvelle composition - il est en principe plus facile de dessiner ce qui est familier, mais dans la pratique, ce n'est pas aussi simple car la Pointe de Sales se dérobe et ne se laisse pas saisir aisément – je peux concentrer mes efforts sur l'expérimentation de gammes chromatiques inédites, de différents types de touches, d'effets plastiques, et aller vers plus de liberté, en essayant de ne pas me répéter...
La pointe de Sales, c'est un peu ma Sainte Victoire !
La série comporte 12 toiles de format 33 x 41 cm, au cadrage sensiblement identique, formant un ensemble complet dont je n'avais pas déterminé le nombre à l'avance.
La pesanteur
Faut-il souffrir pour accéder au sommet ? C'est la question qu'on se pose quand, après trois heures de marche et 1000 m de dénivelé, on se retrouve en haut de la montagne avec des gens qui sont montés en téléphérique.
En montagne, lors d'une randonnée, on fait vraiment [...]
Faut-il souffrir pour accéder au sommet ? C'est la question qu'on se pose quand, après trois heures de marche et 1000 m de dénivelé, on se retrouve en haut de la montagne avec des gens qui sont montés en téléphérique.
En montagne, lors d'une randonnée, on fait vraiment l'expérience physique de la pesanteur. Quand la montée est raide au démarrage alors que le corps n'est pas encore chaud, ou au contraire, quand elle dure depuis déjà plus de deux heures et qu'elle semble ne jamais finir.
Au-dessus, les randonneurs réduits à des points semblent progresser lentement, à l'infini. Le sac écrase les épaules, trempant le dos de sueur, les bras s'alourdissent, le cœur palpite violemment dans la poitrine. On tente de maintenir le souffle à un rythme régulier afin de ne pas céder à la panique, cependant que le corps devient lourd et pèse sur les deux jambes, peinant à se porter lui-même.
Avez-vous déjà fait ce rêve ? Vous essayez de fuir un danger, d'attraper un train, de secourir quelqu'un, et vos jambes refusent de vous obéir. Elles sont en coton, et lourdes en même temps. Vous n'êtes pas immobile mais chaque pas est le fruit d'un effort intense, et vous vous demandez si vous réussirez à remarcher normalement un jour. En montagne, le rêve devient réalité.
Il serait tentant de s'arrêter pour reprendre des forces, boire et grignoter, mais le remède est pire que le mal. Les jambes sont encore plus molles, elles se dérobent. Pour repartir, il faut mobiliser son énergie psychique et se mettre en mode automatique : foulée réduite à un pied d'écart, respiration alternée – inspiration pied gauche, expiration pied droit – et ne regarder que ses pieds – surtout pas vers le haut. Au bout de quelques instants, la machine avance seule et défie les lois de la gravitation universelle.
Alors, c'est bientôt l'arrivée. Tel Sisyphe décidé à se délivrer à jamais de sa malédiction en abandonnant son rocher à sa chute, on pose le sac sur le sol. Plus bas, un aigle glisse sur les courants d'air, ailes déployées. Une impression de bien-être nous envahit qui est liée au lieu mais pas seulement. Si la montée s'était faite en téléphérique, la sensation d'apesanteur ne serait pas la même. Il faut passer par l'épreuve du terrassement pour se sentir aérien ! C'est aussi ce poids de l'expérience qui enrichit la peinture. Pour retrouver ces sensations et accéder aux toiles de montagnes, cliquez vite sur ce lien.
Souvenirs
« Qu'est-ce qu'un souvenir dont on ne se rappelle pas ? » questionne le narrateur de la Recherche. Précisant sa pensée, il poursuit : « Du moment que je ne connais pas toute une partie des souvenirs qui sont derrière moi, du moment qu'ils me sont invisibles, que je n'ai pas la faculté de les appeler à moi, qui me dit que dans cette masse inconnue de moi, il n'y en a pas qui [...]"
« Qu'est-ce qu'un souvenir dont on ne se rappelle pas ? » questionne le narrateur de la Recherche. Précisant sa pensée, il poursuit : « Du moment que je ne connais pas toute une partie des souvenirs qui sont derrière moi, du moment qu'ils me sont invisibles, que je n'ai pas la faculté de les appeler à moi, qui me dit que dans cette masse inconnue de moi, il n'y en a pas qui remontent à bien au-delà de ma vie humaine ? »
Notre mémoire est limitée. Comme pour le narrateur, nos souvenirs disparaissent de notre conscience au fil de notre vie, occultés ou remplacés par de nouvelles expériences. Pourtant, même s'ils nous sont invisibles, nous « baignons » dedans. Comment les faire remonter ?
Le fameux épisode de la madeleine est souvent cité tronqué, laissant croire que la saveur d'un gâteau trempé dans du thé déclenche le déploiement soudain des souvenirs de Combray. En réalité, il faut plusieurs pages au narrateur pour décrire les efforts de son esprit pour tirer le fil qui mène aux images enfouies de son passé. Et le narrateur de préciser « Chercher ? Pas seulement : créer. »
Ce travail d'investigation, c'est le cœur de ma démarche artistique. Notre passé « est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas. »
L'artiste doit provoquer le hasard en multipliant les expériences, en restant à l'écoute de ses sensations, en interrogeant les objets, les arbres, les rochers, les lieux, les êtres. Car ils renferment ces souvenirs « qui remontent à bien au-delà de ma vie humaine ». Par l'acte de création, Il les libère de leur prison. Il va à la rencontre du passé lointain. Il renoue avec le commencement du monde et nous rappelle d'où nous venons.
Dès lors, côtoyer des œuvres d'art revient à engager ce même processus de libération de notre passé commun, à réveiller les souvenirs endormis. Pour en faire l'expérience, cliquez vite sur ce lien pour accéder aux œuvres en ligne.
Le rite dans la forêt
"Que s'est-il passé ici ?" On se promène en forêt puis, au détour d'un chemin, on a soudain l'impression d'entrer dans un lieu magique ayant accueilli des rites anciens. Est-ce la taille des arbres, leur disposition, la lumière, l'impression de mystère qui y règne, la forme d'un rocher, d'une cavité dans le sol ?
Quand je me retrouve dans un tel endroit, je pense souvent à ce conte […]
"Que s'est-il passé ici ?" On se promène en forêt puis, au détour d'un chemin, on a soudain l'impression d'entrer dans un lieu magique ayant accueilli des rites anciens. Est-ce la taille des arbres, leur disposition, la lumière, l'impression de mystère qui y règne, la forme d'un rocher, d'une cavité dans le sol ?
Quand je me retrouve dans un tel endroit, je pense souvent à ce conte retranscrit par Elie Wiesel dans son ouvrage Célébration hassidique.
"Lorsque le grand Rabbi Israël Baal-Shem-Tov voyait qu'un malheur s'annonçait pour le peuple juif, il avait pour habitude d'aller se recueillir à un certain endroit dans la forêt ; là, il allumait un feu, récitait une certaine prière et le miracle s'accomplissait, révoquant le malheur.
Plus tard, lorsque son disciple, le célèbre Maggid de Mezeritch, devait intervenir auprès du ciel pour les mêmes raisons, il se rendait au même endroit dans la forêt et disait: « Maître de l'univers, prête l'oreille. Je ne sais pas comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. » Et le miracle s'accomplissait.
Plus tard, Le Rabbi Moshe Loeb de Sassov, pour sauver son peuple, allait lui aussi dans la forêt et disait : « Je ne sais pas comment allumer le feu, mais je peux situer l'endroit et cela devrait suffire. » Et cela suffisait : là encore le miracle s'accomplissait.
Puis ce fut le tour du Rabbi Israël de Rijin d'écarter la menace. Assis dans son fauteuil, il prenait sa tête entre les mains et parlait à Dieu : « Je suis incapable d'allumer le feu, je ne connaîs pas la prière, je ne peux même pas retrouver l'endroit dans la forêt. Tout ce que je sais faire, c'est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. » Et cela suffisait."
Cette histoire me touche beaucoup. J'y vois une parabole du métier d'artiste. Nous avons quitté l'Âge d'or, oublié le lieu, le rite et les paroles mais il nous reste la légende que le peintre a pour mission de représenter. Et cela suffit à la réactiver.
Nombre de mes compositions de Forêts évoquent cette trace d'un lieu sacré à travers l'empreinte d'un feu, l'écho d'une parole, les bribes d'un rite. Cliquez vite sur ce lien pour y accéder !
Bleu
Aimez-vous le bleu ? Si une couleur semble faire le consensus en sa faveur, c'est bien le bleu. Mais de quelle couleur parlons-nous ? Du bleu turquoise qui tire vers le vert ou du bleu indigo vers le violet, de l'outremer ou du cyan, du cobalt ou du bleu de Prusse, du lapis-lazuli, du bleu ciel ou du bleu azur ? La liste des nuances est longue. C'est d'autant plus étonnant que le […]
Aimez-vous le bleu ? Si une couleur semble faire le consensus en sa faveur, c'est bien le bleu. Mais de quelle couleur parlons-nous ? Du bleu turquoise qui tire vers le vert ou du bleu indigo vers le violet, de l'outremer ou du cyan, du cobalt ou du bleu de Prusse, du lapis-lazuli, du bleu ciel ou du bleu azur ? La liste des nuances est longue. C'est d'autant plus étonnant que le bleu n'est apparu dans le langage que tardivement, comme si l’œil n'arrivait pas à le distinguer du blanc ou du vert.
Je n'ai pas de couleur préférée. Dans ma peinture, le bleu n'est jamais seul. Je laisse les couleurs se combiner en fonction du motif. En revanche, je fuis les clichés et les stéréotypes. Bien que le ciel soit bleu par temps ensoleillé, chaque ciel nécessite une teinte spécifique qui dépend des autres couleurs présentes dans la composition ainsi que de la qualité de la lumière, de la fluidité de l'air.
Parce que le ciel y est plus vaste qu'en France, la Californie m'est toujours apparue nimbée d'une atmosphère bleue étincelante. C'est pourquoi les toiles de la série Nouveau Monde baignent dans cette lumière, aussi bien les maisons d'Oakland que les méduses en suspension.
Autre ambiance, dans ma composition Le déjeuner sur l'herbe, la bâche que les pèlerins du temple ont disposée sur le sol de la forêt dessine une enceinte rituelle protectrice. Elle accueille les membres d'une famille qui vont pique-niquer dessus, participant à une célébration venue du fond des âges.
La bâche a déterminé la couleur de fond de la toile et transparaît à travers le lacis de branches, renforçant l'impression d'humidité et de profondeur mystérieuse. Du coup, les deux forêts – Forêt 1 et Forêt 2 – qui ont été conçues pour compléter Le déjeuner sur l'herbe sont peintes sur ce fond bleu liquide.
Si le ciel est absent des Forêts, il est très présent dans les toiles de Sixt. Ses reflets dans le miroir des lacs des montagne sont troublés par le vent et se mêlent au fond des eaux peu profondes, constituant des surfaces complexes aux nuances évoluant du rose au vert en passant par des bleus denses.
Finalement, la question n'est pas « Aimez le bleu ? » mais plutôt « quel est votre bleu préféré ? ». Promenez-vous dans le bleu de Nouveau Monde en cliquant sur ce lien.
Artothèques
Comment accrocher chez soi une œuvre d'art sans l'acheter ? C'est simple, il suffit de l'emprunter. Dans ce but, il existe de nombreuses artothèques municipales, dont les fonds sont […]
Comment accrocher chez soi une œuvre d'art sans l'acheter ? C'est simple, il suffit de l'emprunter. Dans ce but, il existe de nombreuses artothèques municipales, dont les fonds sont constitués d’œuvres originales d'artistes contemporains de qualité. Ce sont souvent des multiples – estampes, photographies – car les artothèques ont, en général, un budget d'acquisition limité.
Ces lieux sont des portes d'accès à l'art contemporain pour un public qui n'a pas les moyens d'acquérir une œuvre originale ou qui n'a pas osé franchir la porte d'une galerie, pensant « Ce n'est pas pour moi ».
Outre la contribution à la démocratisation et à la diffusion de l'art contemporain, les artothèques apportent aussi un soutien financier aux artistes en leur achetant des œuvres.
Pour ma part, je pratique beaucoup la gravure sur cuivre ou sur bois et lino. Ce sont des techniques passionnantes qui offrent des modes d'expression très riches. J'ai eu la chance de voir plusieurs de mes gravures acquises par des artothèques.
Si vous habitez Amiens, Chambéry, Compiègne, Évreux, La Rochelle, Nantes, Poitiers, Pont-l'Evêque, Roncq, St-Maur-des-Fossés, Strasbourg, il vous est possible d'emprunter une de mes estampes pour l'accrocher chez vous.
Les gravures sont des œuvres originales mais, comme ce sont des multiples, leur prix est plus abordable que celui d'une œuvre unique. Alors n'hésitez pas ! Pour acquérir une de mes gravures de la série Mille et une nuits, cliquez vite sur ce lien.
Nouvelles du tapis
Une œuvre d'art qui se fabrique sans la présence de son auteur, est-ce possible ? Oui ! Enfin, c'est un peu plus complexe qu'il n'y paraît...
Dans le cas de mon tapis Jardin en labyrinthe, je […]
Une œuvre d'art qui se fabrique sans la présence de son auteur, est-ce possible ? Oui ! Enfin, c'est un peu plus complexe qu'il n'y paraît...
Dans le cas de mon tapis Jardin en labyrinthe, je ne suis pas intervenu depuis que le tissage a débuté en novembre 2021 à la manufacture de la Savonnerie à Paris. En amont, en revanche, lors de la phase préparatoire, les échanges avec la cheffe de pièce ont été nombreux et fructueux afin de transposer le carton – constitué d'un assemblage de linogravures en couleurs – en un tapis de laine à points noués.
Même si je ne suis plus actif dans le processus, je ne me lasse pas de voir travailler les licières. Chaque visite à la Savonnerie est l'occasion de contempler la beauté du velours tout en mesurant l'avancement du tissage.
Le tapis ne se tisse pas tout seul. Depuis le début du projet, il y a eu 3 cheffes de pièce et l'équipe des licières – et liciers – a été entièrement renouvelée. Ceci n'empêche pas le tapis de conserver son unité de tissage, de motifs et de couleurs. C'est le miracle du travail collectif !
A chaque visite, je découvre aussi de nouveaux aspects dans le processus de fabrication : point noué et point compté, rangement, traces , roulage, etc.
A l'un des derniers rendez-vous, Gwendaline, la nouvelle cheffe de pièce, a ouvert pour moi les armoires contenant la réserve de laine. Derrière les portes en bois, s'empilent, comme dans un souk oriental les écheveaux aux couleurs vives et chatoyantes. La laine est teintée dans les ateliers de la Savonnerie. Il est prévu 8 kg de laine par m². Le tapis mesurant environ 5,5 x 3,8 m - soit une surface de 20,9 m² -, il devrait peser 167 kg lors de la tombée.
L'étape de rangement consiste à réaligner les motifs après le tissage et la tonte de plusieurs rangs. Les licières chatouillent le velours à l'aide de la pointe d'une paire de ciseaux dont l'autre pointe s'appuie sur un carton, formant une sorte de compas, pour lustrer les fils qui finissent par se ranger docilement, se gonflant à la façon de la queue d'un chat.
Pendant ce temps, Camille, l'ancienne cheffe de pièce, réalise des calques en couleur au point compté qui apporteront une précision supplémentaire à la licière lors du tissage des motifs complexes.
Pour en savoir davantage, n'hésitez pas à me contacter par ma messagerie.
Tokyo Kids 8, le sacré
Au Japon, le sacré côtoie le profane avec naturel tant à la ville que dans les lieux naturels. La forêt a conservé le mystère des contes de fées. Au coin d'une rue, un sanctuaire ancestral est […]
Au Japon, le sacré côtoie le profane avec naturel tant à la ville que dans les lieux naturels. La forêt a conservé le mystère des contes de fées. Au coin d'une rue, un sanctuaire ancestral est coincé entre deux buildings, ou se cache au milieu d'une galerie marchande.
Le monde des esprits semble à portée de main. Il suffit de pousser l'une des nombreuses portes qui s'offrent au marcheur sous des formes diverses : tori marquant l'entrée d'un sanctuaire, statue de Jizo ou de renard, shide en papier washi ou corde en paille torsadée.
Dans cet univers à la fois trivial et enchanté, les enfants se promènent avec naturel. Sont-ils conscients d'avoir passé la porte ? Ou sont-ils bien plus sensibles que les adultes à la porosité des espaces et accueillent-ils avec spontanéité, à peine surpris, les manifestations du monde invisible ? Pour découvrir les rapports entre le sacré et les Tokyo Kids, cliquez sur ce lien.
Tokyo Kids 7, enfant-adulte
Habiller son enfant comme un adulte est-ce une façon pour les parents de retourner dans l'enfance ou au contraire de projeter l'enfant dans le monde des grands pour le mettre à […]
Ainsi que je l'avais écrit dans un texte précédent, « Plus que tout autre peuple, il me semble que les Japonais ont une âme d'enfant ». Ce phénomène est peut-être spécifique d'une nouvelle génération d'adultes, biberonnés aux mangas et aux jeux vidéos, et qui ont conservé, dans leurs attitudes et leurs façons de s'habiller, un lien fort avec l'enfance.
Selon un autre mécanisme – inverse en quelque sorte -, l'enfant se trouve au cœur de l'attention des adultes au point que, parfois, il semble disposer d'un pouvoir absolu. Sorte d'adulte miniature, il reprend entre autres ses codes vestimentaires. Ce phénomène paraît plus fréquent au sein des tribus urbaines qui se distinguent notamment par des modes spécifiques.
Habiller son enfant comme un adulte est-ce une façon pour les parents de retourner dans l'enfance ou au contraire de projeter l'enfant dans le monde des grands pour le mettre à sa portée ? Les Tokyo Kids désignent-ils uniquement des enfants ou sont-ils plus largement les enfants de Tokyo, les petits mais aussi les grands qui ont su plus qu’ailleurs conserver leur âme d'enfant ? Pour le savoir, cliquez sur le lien pour accéder aux Tokyo Kids.
Tokyo Kids 6, le cycle de la vie
Les Tokyo Kids racontent des histoires, réelles ou fantasmées. Les regards, les gestes sont les signes à décrypter des récits muets qui se déroulent sous nos yeux. La position des corps […]
Les Tokyo Kids racontent des histoires, réelles ou fantasmées. Les regards, les gestes sont les signes à décrypter des récits muets qui se déroulent sous nos yeux. La position des corps, l'âge des personnages, quelques éléments de décor remplacent aisément les mots. Il s'agit du cycle de la vie. Toutes ses étapes – la naissance, la mort, les âges, les amours, les chagrins - sont discrètement représentées dans ce grand livre d'images que sont les Tokyo Kids. Approchez ! Approchez ! Il suffit de vous laissez guider par ce que vous voyez.
Tokyo Kids 5, carrés jaunes
Qui n'a pas gardé des enfants petits au bord du bac à sable, assis sur un banc autour d'un manège ou les fesses dans l'eau du petit bain risquera de perdre une partie de la signification des Carrés jaunes. Certes, […]
Qui n'a pas gardé des enfants petits au bord du bac à sable, assis sur un banc autour d'un manège ou les fesses dans l'eau du petit bain risquera de perdre une partie de la signification des Carrés jaunes.
Certes, le spectacle des trajectoires enfantines qui se croisent façon aléatoire comme des particules élémentaires et entraînent des réactions en chaîne inattendues, est assez fascinant pour un observateur extérieur. Mais celui-ci peut y mettre fin à sa convenance.
Regarder les enfants dont on a la responsabilité s'ébattre gaiement pendant des heures est une tout autre expérience où la joie et l'émerveillement se mêlent à l'ennui et à l'inquiétude. Des liens multiples se créent et le spectacle s'étend de la scène aux tribunes.
C'est à une scène de ce genre que j'ai eu la chance d'assister au Yebisu Garden Place, à Ebisu, un quartier de Tokyo. Dans un bâtiment en briques – ancienne brasserie de la marque Yebisu – se trouvait un restaurant donnant, grâce à de larges baies vitrées, sur un jardin d'enfants situé en contrebas.
Sur un damier géant jaune et blanc, enfants et adultes, semblables aux pièces d'un échiquier géant, se déplaçaient selon des combinaisons mystérieuses tandis que sur les côtés, d'autres pièces, capturées mais douées de vie, semblaient connectées au jeu en cours, bien que séparées de celui-ci par une ligne pointillée de chaussures.
L'ensemble des Carrés jaunes comprend 17 dessins préparatoires de format environ 40 x 30 cm et une grande composition de 160 x 160 cm constituée de 4 dessins de 80 x 80 cm. Celle-ci est une vue aérienne à la façon des estampes japonaises. 38 personnages sont représentés ainsi que 21 paires de chaussures - j'adore dessiner les chaussures ! Cliquez sur ce lien pour découvrir quelques Carrés jaunes.
Tokyo Kids 4, porter
Quel est le plus lourd, un kilo de plumes ou un kilo de plomb ? Si la question est posée - bien que la réponse rationnelle soit évidente – c'est qu'il existe une réponse subjective qui rend le kilo de plumes […]
Quel est le plus lourd, un kilo de plumes ou un kilo de plomb ? Si la question est posée - bien que la réponse rationnelle soit évidente – c'est qu'il existe une réponse subjective qui rend le kilo de plumes non seulement plus léger mais plus agréable à porter.
Il en va de même, à poids égal, entre un sac à dos et un enfant. Tandis que le contenu inerte du sac à dos nous entraîne irrésistiblement en arrière, l'enfant que l'on porte défie la loi de la pesanteur. Selon qu'il dort ou qu'il est éveillé, calme ou agité, vif ou fatigué, qu'il s'est juché sur nos épaules ou accroché à notre dos, dans un porte-bébé ou dans nos bras, proche de notre nez, de nos yeux, qu'il nous tire les oreilles, la bouche ou les narines, l'aiguille de la balance qui oscille tantôt à gauche tantôt à droite risque de n'être d'aucune utilité.
C'est à tous nos sens qu'il faut se fier – l'odeur de lait et de caramel, la sensation de chaleur, le chant du souffle – et surtout le 6e sens qui vient palier la vue souvent obstruée – ne pas savoir où on met les pieds. C'est à revivre ces expériences que vous convient les Tokyo Kids. Cliquez sur ce lien pour les découvrir en ligne ou sur celui-ci pour accéder aux information concernant l'exposition Journal intime, carnet de voyage, livre de bord au CAC de Meymac.
Tokyo Kids 3, à main levée
A l'heure où de nombreux artistes utilisent des moyens de reproduction mécanique pour dessiner – vidéo-projecteur, table lumineuse, etc – il n'est peut-être pas inutile de préciser que je dessine à main levée. Je n'ai pas l'intention […]
A l'heure où de nombreux artistes utilisent des moyens de reproduction mécanique pour dessiner – vidéo-projecteur, table lumineuse, etc – il n'est peut-être pas inutile de préciser que je dessine à main levée.
Je n'ai pas l'intention d'établir une hiérarchie entre les différents modes de dessin. Depuis la Renaissance, les artistes ont recours à des procédés optiques et mécaniques pour appréhender la réalité. Cependant, les œuvres produites différent radicalement selon le mode opératoire.
Le dessin à main levée, sans autre assistance que la collaboration entre l’œil – arpenter, observer, repérer, mesurer – et la main - plus ou moins habile, plus ou moins dressée – induit des imperfections, des déformations subjectives et transmet une énergie qui sont les conditions de circulation du souffle de la vie. Tandis qu'un dessin obtenu par un procédé de reproduction mécanique risque de n'être que la copie neutre d'une image ou d'une photo.
Dessiner à main levée c'est comme sauter à l'eau sans savoir nager. Cédant au vertige, on se jette avec la peur au ventre. On se débat pour ne pas couler. Il arrive qu'on boive la tasse et qu'on remonte sur le rebord sans avoir réussi à traverser. Il arrive aussi qu'on marche sur l'eau.
Parfois, la feuille, à force du frottement de la gomme, s'épuise, teintée dans l'épaisseur par les pigments. Elle se déchire ou ressemble à la surface lustrée d'une nappe en vinyle. Il faut alors découper la partie abîmée et la remplacer par un dessin satisfaisant de même surface qu'on intègre par une opération chirurgicale risquée.
Mais cela fait partie du jeu. Un dessin vivant n'est pas un dessin parfait. Il s'enrichit des ratures, des traces, des repentirs et des disproportions qui ne collent pas avec la réalité photographique mais livrent une part de la vérité cachée des choses et des êtres. Cliquez sur le lien pour découvrir les Tokyo Kids.
Tokyo Kids 2 voyage immobile
Avez-vous vous voyagé pendant l'épidémie de Covid ? La réponse semble évidente : non bien sûr puisque chacun était confiné à domicile. Cependant, il existe plusieurs façons de voyager […]
Avez-vous vous voyagé pendant l'épidémie de Covid ? La réponse semble évidente : non bien sûr puisque chacun était confiné à domicile. Cependant, il existe plusieurs façons de voyager. J'ai évoqué déjà ce point dans mon texte consacré au voyage immobile.
Une partie importante des Tokyo Kids a été réalisée pendant les deux confinements. Peu avant, j'avais décidé de mettre la peinture au repos et de consacrer plus de temps au dessin.
Comme je travaille essentiellement d'après photo, l'impossibilité de se déplacer n'a pas été un problème pour moi. J'avais déjà procédé à un classement thématique de mes clichés, créant un dossier spécial Tokyo Kids, regroupant de nombreuses scènes en extérieur.
Il est important de préciser que le Japon agit sur moi comme une catalyseur – dans le sens chimique du terme. Bien que les acteurs de ces scènes existent aussi dans mon environnement proche, à Paris, seul le Japon produit l'étincelle déclenchant un désir artistique.
Je perçois dans ces personnages japonais des attitudes qui n'appartiennent qu'à eux et qui me touchent. Les scènes dessinées correspondent à la rencontre entre une scène observée – fixée par l'appareil photo – et mon interprétation personnelle. Le dessin est donc une scène reconstituée dont la nature est parfaitement exprimée par le sous-titre de l'exposition au CAC de Meymac : « La vie et le temps qui passent au quotidien ».
Ainsi, pendant le confinement, j'ai pu poursuivre, sous la forme d'un voyage immobile, mon exploration du Japon et insuffler la vie aux Tokyo Kids. Cliquez sur ce lien pour découvrir les dessins.
Tokyo Kids 1, introduction
Il est davantage question du rapport des enfants et des adultes dans les Tokyo Kids que d'une galerie de portraits d'enfants. Chaque dessin raconte une histoire. Gestes, regards, postures, environnement, livrent des […]
La série des Tokyo Kids a été réalisée entre 2018 et 2020. Elle tire sa source des nombreux séjours que j'ai effectués au Japon et de ma fascination pour ce pays. Elle est destinée à se poursuivre.
Elle s'inspire aussi de ma vie familiale personnelle. J'ai gardé de vifs souvenirs de mon enfance. Bien que n'ayant pas eu d'enfant, j'ai la chance, par un tour de passe-passe, d'avoir deux petits-enfants, A et N. Je m'en suis beaucoup occupé quand ils étaient petits, à un rythme moins soutenu cependant qu'un parent. Donner le biberon à trois heures du matin, changer les couches, garder dans ses bras sans bouger, pendant des heures, un bébé qui ne peut dormir que dans ces conditions, sont des expériences marquantes.
Cette série n'aurait certainement pas eu lieu sans eux. A est né en 2003 l'année de mon premier séjour au Japon. Nous avons avec mon épouse emmené deux fois A et N, à Tokyo puis à Kyoto, pour partager avec eux notre passion.
Le nom Tokyo Kids provient d'un film d'Ozu, Gosses de Tokyo. Son titre original japonais est Otona no miru ehon umarete wa mita keredo qui pourrait se traduire par J'ai essayé de naître mais, un livre d'images pour les adultes.
De fait, il est davantage question du rapport entre enfants et adultes dans les Tokyo Kids que d'une galerie de portraits d'enfants. Chaque dessin raconte une histoire. Gestes, regards, postures, environnement, livrent des indices qui nous entraînent dans ce qui fait la richesse des relations humaines, sous un regard tendre et ironique.
Les Tokyo Kids sont exposés pour la première fois au public à l'occasion de l'exposition Journal intime, carnet de voyage, livre de bord au CAC de Meymac. Pour obtenir des informations cliquez sur ce lien.
Pour découvrir les Tokyo Kids sur mon site, cliquez ici.
Forêts noires
Au XXIe S, malgré la forte pression de l'homme sur la nature, la forêt a gardé une part de son mystère. Bercés dans notre enfance par les histoires du Petit Poucet et du Petit Chaperon rouge, nous avons toujours peur de nous perdre en forêt ou d'y rencontrer le loup. Plus encore quand la nuit tombe […]
Au XXIe S, malgré la forte pression de l'homme sur la nature, la forêt a gardé une part de son mystère. Bercés dans notre enfance par les histoires du Petit Poucet et du Petit Chaperon rouge, nous avons toujours peur de nous perdre en forêt ou d'y rencontrer le loup.
Plus encore quand la nuit tombe, qui neutralise nos défenses. La pénombre obscurcit notre vue, nous enveloppant de bruits inquiétants – craquements de branches, souffle du vent, cris d'animaux – auxquels la vue diurne nous faisait accorder moins d'importance.
Quand j'étais enfant, au retour de la maison de campagne de mes grands-parents, mes parents faisaient un détour en voiture pour aller chercher de l'eau à une fontaine naturelle située dans la forêt d'Orléans, la fontaine Fisher.
Après avoir engagé le véhicule sur un chemin de terre en pente descendante entre les hautes futaies, ils s'enfonçaient plus avant à pied avec leurs jerricans vides. La lumière des phares luttait contre l'assaut de la nuit, ne réussissant à repousser sa masse pesante que sur quelques mètres. Je voyais leurs silhouettes évanescentes comme englouties par la masse noire entre deux troncs fantomatiques.
Longtemps, cette vision m'a hanté. La série des Forêts noires en est la matérialisation. Je me suis promené à la tombée de la nuit dans la forêt de Montfort. J'ai marché un temps dans ce noir bleuté, piqueté de points lumineux multicolores comme lorsqu'on s'endort, enfant,et qu'on croit plonger dans le cosmos. Les arbres agités par le vent s'entrechoquaient, les taillis étaient secoués de mystérieux soubresauts.
Peu rassuré, j'ai fini par allumer la lampe de mon smartphone. Les branches luisaient phosphorescentes avant de s'éteindre dans mon dos. Je ressentais le plaisir du sacrilège – être au cœur de la nuit. Si vous désirez en savoir davantage sur les Forêts noires, contactez-moi en cliquant sur ce lien.
De la marche
Aimez-vous la marche ? Pas n'importe quelle marche : « […] la marche dont je parle n'est en rien apparentée à l'exercice physique, comme on dit, tout comme un malade qui prend des médicaments à heures fixes ou comme d'aucuns soulèvent des haltères ou des chaises ; mais elle est en soi l'entreprise et l'aventure de la journée. »
Aimez-vous la marche ? Pas n'importe quelle marche : « […] la marche dont je parle n'est en rien apparentée à l'exercice physique, comme on dit, tout comme un malade qui prend des médicaments à heures fixes ou comme d'aucuns soulèvent des haltères ou des chaises ; mais elle est en soi l'entreprise et l'aventure de la journée. » (Thoreau, De la marche)
Quand j'étais enfant, pendant les vacances, dans un pays étranger à la découverte d'un site naturel ou archéologique ou d'une ville, ou à la campagne à la recherche de champignons ou pour couper du bois en forêt, mes parents devaient me forcer pour que je les accompagne. Je détestais marcher. Je me vois encore traîner des pieds en montagne, bientôt distancé par le groupe, sauf par ma mère qui avait pitié de moi.
Tout a changé lors d'un voyage en Islande. J'avais 14 ans. Chaque jour, après une nuit sous la tente, le car déposait notre groupe de touristes au point de départ d'une nouvelle randonnée. Le but était d'atteindre un glacier, une cascade ou un parc naturel. J'ai soudain senti que si je marchais devant, j'étais libre ! Cette constatation m'a donné des ailes. Je ne marchais plus, je courais à la rencontre de sites grandioses et pouvais en profiter pleinement en arrivant avant les autres.
Peut-être avais-je à l'esprit, sans pour autant la connaître, la formule de Thoreau : « Nous devrions entreprendre chaque balade, sans doute, dans un esprit d'aventure éternelle, sans retour ; ».
Depuis, j'adore la marche, associée à l'esprit d'aventure. Partir à la découverte d'une forêt, d'un alpage, d'une ville inconnus. Parfois avec un objectif en tête, parfois sans autre but que l'errance. L'excitation décuple les forces et repousse les limites. L'esprit est aux aguets, enregistre chaque instant. Une grande part de ma création se nourrit de ces balades.
C'est à partir de ces randonnées que la plupart des dessins de Nouveau Monde ont été réalisées, les compositions japonaises, les personnages des séries Uniformes et Tokyo Kids. Si vous désirez en savoir davantage sur ces travaux, cliquez sur le lien pour accéder à la page des œuvres.